Pourquoi SpaceX a-t-il été choisi par la NASA pour le HLS ?
Lune SpaceX Blue Origin

Pourquoi SpaceX a-t-il été choisi par la NASA pour le HLS ?

Damien "Von"
Damien "Von"

Dans un Appendix de 28 pages, la Nasa a détaillé les raisons du choix de SpaceX pour le programme Artemis et notamment la construction de l'atterrisseur lunaire.

Les 3 concurrents ont tous été évalués selon trois facteurs : l'approche technique, le prix et la gestion globale du projet en termes humain, administratif et sécuritaire.

L'avis technique sur SpaceX

SpaceX a reçu la même note technique que Blue Origin, à savoir : Acceptable.
Mais deux points importants sont soulevés en faveur de SpaceX. La force significative qui fait pencher la balance est celle que le Starship de SpaceX dépasse substantiellement les valeurs seuils de la NASA.

Le rapport précise que le Starship est considérablement plus imposant que la demande initiale par rapport au projet SLS Orion. Le volume transporté par le Starship sera par conséquent limité par la capacité intrinsèque de la capsule Orion mais cela permet de préparer l'avenir des missions d'exploration lunaire.

D'autres critères ont été décisifs, comme l'énorme écart de capacité de livraison de fret, la rapidité de mise en production et pour finir les capacités nettement plus importantes de sortie extra-véhiculaire (EVA).

L'aspect sécuritaire a, lui aussi, été mis en avant, comme la quantité d'ergols disponible une fois sur le sol lunaire, permettant d'envisager sereinement un plan de secours en cas de problème. La redondance des systèmes, et les essais déjà en cours depuis plusieurs mois en font un des projets les plus avancés en termes de sécurité.

SpaceX a satisfait, et même dépassé les exigences de la NASA, y compris en termes de capacité d'habitation permettant de prendre en charge quatre membres d'équipage sans aucune modification structurelle.

L'offre de SpaceX est techniquement bien au-dessus des autres mais elle brille aussi par l'aspect économique, la plus compétitive en termes de développement, car elle ne repose pas uniquement sur des subventions d'état. SpaceX utilise d'ores et déjà ses propres fonds pour faire voler, et exploser, ses prototypes de Starship.

Et pour finir sur l'aspect économique, le choix du Starship est assez simple, il s'agit du seul projet qui tient dans le budget de la Nasa à ce jour. Il est même légèrement inférieur au plafond fixé, ce qui leur permettra d'acquérir potentiellement un deuxième atterrisseur dans un avenir proche.

Après cet éloge de points au combien positif, pourquoi obtenir une note équivalente à celle de Blue Origin ? Tout simplement car les ingénieurs de la Nasa soulèvent les défis qui devront être relevés pour poser un monolithe de 50m sur le sol lunaire particulièrement escarpé.

Le deuxième point qui modère cette note est le nombre de lancements nécessaires pour "faire le plein" du Starship en orbite et les technologies qui seront nécessaires de mettre en œuvre pour ce faire.

Mais jusqu'ici, SpaceX a montré sa capacité à relever des défis.

L'avis technique sur National Team (Blue Origin)

La National Team est une équipe de quatre sociétés à savoir : Lockheed Martin, Northrop Grumman, Draper & Blue Origin.

La Nasa n'a pas identifié d'atouts notoires dans la proposition technique de Blue Origin, mais relève deux forces et deux faiblesses dans cette approche technique. Le premier point positif est la capacité de cargaison amenée au sol lunaire évaluée à 850kg, ce qui dépassait même l'objectif de la NASA.
Le deuxième point positif était l'aspect sécuritaire du module, permettant à n'importe quel moment l'abandon ou la fin prématurée d'une mission.

Les deux points faibles identifiés par le rapport sont : la propulsion et les communications.

La technicité des systèmes de propulsion à ergols cryotechnique qui équiperont le module sont actuellement en cours de développement et Blue Origin n'a que peu d'expérience sur ce type de moteur dans le vide. Énormément de sous-systèmes de propulsion seraient achetés auprès de prestataires et adaptés à la propulsion du module d'ascension.
Le calendrier paraît, au travers des dires du rapport, assez fantaisiste, car les systèmes de propulsion ne seraient pas testés en vol avant la mission avec équipage en 2024.

La deuxième faiblesse notable de Blue Origin sur le projet est liée aux communications, et plus précisément à leur processus de transfert. Le rapport indique que cela entraînerait des soucis graves de communications critiques entre le HLS et Orion ou la Terre pendant les opérations de surface lunaire.

Petite cerise sur le gâteau, la Nasa n'aurait pas eu intégralement accès à la télémétrie et aux données du module : certaines données seraient restées la propriété de Blue Origin, un comble pour un projet d'état.

Enfin, il ne sera pas possible de modifier le module simplement pour accueillir un équipage de quatre astronautes sans reprendre la totalité de la conception du module.

Pour conclure avec la National Team, l'aspect budgétaire était bien au-dessus de la proposition de SpaceX mais restait viable techniquement. Mais Blue Origin souhaitait avoir des avances financières tout au long du programme, ce qui enterre définitivement la proposition de l'atterrisseur Blue Moon.

L'avis technique sur Dynetics

Là encore, le rapport stipule que le module de Dynetics n'a aucun atout majeur par rapport aux autres propositions. Malgré cela, certains points positifs sont remontés comme le fait que le module n'a aucun système de découplage et que son aspect simple à un seul étage permet d'effectuer des essais sur Terre. Deuxième point positif, le module est au ras du sol, ce qui permet à l'équipage de descendre sur le sol lunaire rapidement et sans risque de blessure.

En dépit de ces attributs positifs, l'approche technique de Dynetics souffre d'un certain nombre d'inconvénients sérieux comme le fait que le module est beaucoup trop lourd et ne permettra pas d'augmenter la capacité de fret amené au sol lunaire et encore moins l'extension à un équipage de quatre personnes.

La proposition de Dynetics ne contenait quasiment aucun détail de conception concernant le système de gestion des ergols cryogéniques, notamment sur leur stockage à long terme. Aucun test et analyse n'ont permis de mesurer l'avancée des travaux sur les systèmes de propulsion et ont démontré l'incapacité de Dynetics à développer leur module dans le calendrier donné par la Nasa.

Conclusion du rapport

Autant être le plus précis possible, voici la traduction littérale de la conclusion du rapport :

À la lumière des résultats de l'évaluation des trois offrants de l'option A du HLS et compte tenu du financement disponible de la NASA, je suis d'avis que l'attribution d'un seul contrat d'option A est dans le meilleur intérêt de l'Agence. L'attribution de ce contrat est le catalyseur du développement et un élément critique et nécessaire aux premières missions Artemis - un atterrisseur humain - pour ramener des astronautes sur la Lune, y compris la première femme à toucher la surface lunaire. Cette sélection de l'option A représente une étape critique, mais n'est en aucun cas la dernière étape, dans l'investissement de la NASA dans les fournisseurs de services de transport lunaire et dans la facilitation de ces derniers. Grâce à ce prix et aux efforts de la NASA pour l'acquisition de services d'alunissage humain récurrents à long terme, la NASA est à la tête d'un retour durable sur la Lune, et nous le faisons avec nos partenaires commerciaux et internationaux afin de mener l'innovation et d'élargir nos connaissances pour les futures missions lunaires, en vue de Mars.

Relu et corrigé par : Optimus13



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