For All Mankind – La course à la Lune revisitée pour notre plus grand bonheur
Actus Lune

For All Mankind – La course à la Lune revisitée pour notre plus grand bonheur

Aquilae
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Nous revenons sans spoilers majeurs sur For All Mankind, la série spatiale d'Apple TV, diffusée sur la plate-forme depuis novembre 2019.
Cette série a été créée par Ronald D. Moore (le créateur de Battlestar Galactica), Matt Wolpert, Ben Nedivi et on y retrouve notamment Joel Kinnaman, Michael Dorman, Sarah Jones ou encore Shantel Vansanten.
Les saisons sont composées de 10 épisodes et la saison deux est actuellement en cours de diffusion sur Apple TV +. Une troisième saison est d'ores et déjà programmée.

Bande-annonce VO de la saison 1
Bande-annonce VF de la saison 1

Et si…

C'est par ces deux mots que l'on tente en général d'expliquer le point de départ d'une uchronie.

Souvent à cheval entre la science-fiction et l'Histoire Humaine, tout comme l’œuvre de Philip K. Dick : Le maître du haut château (The Man in the Hight Castle en VO), le concept d'uchronie permet de revisiter l'histoire à partir d'un événement (souvent historique) qui va changer le court des choses (souvent à l’échelle planétaire) et le déroulement connu de notre évolution.

20/07/69 - Neil Armstrong est le première Homme à marcher sur la lune.
20/07/69 - Neil Armstrong est le premier Homme à marcher sur la Lune.

For All Mankind prend place en 1969, le 26 juin plus précisément, soit un peu moins d'un mois avant le 1er pas de l'homme sur la Lune du 20 juillet 1969 : "Bon de géant" réalisé par Neil Armstrong et Buzz Aldrin ainsi que leur collègue Michael Collins (resté dans le module de commande en orbite lunaire).
Mais c'est avant tout un exploit de la NASA et surtout Américain. Cet événement marquant aura une portée mondiale et historique à l'heure où le bloc de l'ouest mené par les USA et le Bloc de l'est mené par l'URSS étaient dans une guerre qualifiée de froide, aussi bien militaire que technologique. Et rien de mieux que le froid du vide spatial pour mener une guerre servant à prouver la supériorité de l'un vis-à-vis de l'autre.

C'est dans ce contexte de course à la Lune que prend le point de départ uchronique de For All Mankind (littéralement Pour Toute l’Humanité) :

Et si l'URSS avait été la première nation à mettre un homme sur la Lune !

26/06/69 - Alexei Leonov est le première Homme à marcher sur la lune.
26/06/69 - Alexei Leonov est le première Homme à marcher sur la lune.

Quelle en aurait été la portée sur les événement connus de notre histoire humaine?

Et c'est au court de 10 épisodes d'environ 1h que la série va tenter de répondre à cette question, et à tant d'autres que l'on est en droit de se poser avec un synopsis pareil.

Notons que c'est uniquement du point de vue des Américains et plus particulièrement des hommes et des femmes de la NASA que l'on vit cette aventure. Les soviétiques sont très peu visibles bien qu'ils soient sur toutes les lèvres de nos protagonistes. Par exemple, au début de la série, les seules fois où l'on apercevra des cosmonautes de l'URSS c'est par le biais de la télévision ou des journaux Américains.


Une série pas tout à fait comme les autres :

En effet, cette série se révèle assez surprenante, sortant des carcans des série habituelles. Au départ, on ne s'attendait à rien (comme notre ami Dewey) mais on n'a clairement pas été déçus !

Les ficelles classiques que l'on peut voir dans la majorité des séries ou films du genre, même les plus populaires, sont très peu utilisées. Pas de suspense insoutenable toutes les cinq minutes, pas de cliffhanger à la fin de chaque épisode ! Cela n'enlève rien à l'attrait ni au plaisir de regarder la série car, malgré le manque de raccourcis faciles, les péripéties de nos protagonistes n'en restent pas moins passionnantes.

Et pourtant, quand on nous annonce une série spatiale, on peut s'attendre à tous les clichés dans le domaine. Mais For All Mankind a quelque chose de particulier, de bien à lui : le fait de ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles.

Quelqu'un à parlé de clichés ? - Armageddon 1998.
Quelqu'un a parlé de clichés ? - Armageddon 1998.

Ici, on a affaire à des astronautes participant au programme Apollo, considérés comme l'élite de la nation à l'époque (et encore de nos jours). Du coup, rien n'est laissé au hasard : les problèmes auxquels ils peuvent faire face sont prévus avant la mission et en cas d'imprévu, ils ne prennent pas la solution la plus stupide ni la plus risquée pour s'en sortir.

La série nous démontre d’ailleurs, que l'on a plus de chances de décéder en sortant de chez nous qu'un astronaute en mission pour le compte de la NASA.

De nombreuses fois il nous est arrivé d'anticiper un cliché gros comme Jupiter (en guise de solution à la résolution d'un événement ), mais à notre agréable surprise nous nous trompions. La série a l'intelligence d'amener des situations compliquées sans jamais les résoudre de façons facile ou invraisemblable.


Pas de raccourcis avec la science ni la technologie :

Les scénaristes ont abordé ce renouveau dans la course à la Lune, tant sur un plan technologique que scientifique, avec une remarquable précision quant aux technologies et connaissances dont disposait la NASA à la fin des années 60.

Un méticuleux travail de recherche a été fait afin d'envisager l'évolution américaine uchronique à partir des avancées technologiques existantes.

Pas de super fusée ni de navette spatiale avant l'heure. Non c'est bien la mythique Saturn V qui est utilisée pour développer la présence Humaine sur la Lune.

Saturn V sur son pas de tir.
Saturn V sur son pas de tir.

Et qu'elle ne fut pas notre bonheur quand, dans la fiction, le projet de station lunaire émerge du projet Skylab.
Dans notre époque réelle, ce programme fut lancé en 1973. Il avait pour objectif premier de tester le vide spatial sur le corps humain, en réutilisant un 3éme étage de Saturn V aménagée en station pour l'occasion. Le tout orbitant autour de la terre. Trois équipages s'y relayèrent jusqu'en 1974.
Cependant, ce projet était déjà en développement depuis le début des années 60 chez les équipes de R&D de la NASA, ce qui justifie à merveille son incorporation dans la fiction.

Dans la série, la science, quant à elle, n'est pas mise de côté. Les scénaristes tentent, aux travers des personnages, de justifier pourquoi ils font telle chose, de telle sorte. Sans être dans un cours théorique, ils prennent la peine d'expliquer de la façon la plus simple possible des manœuvres spatiales comme une mise en orbite ou encore une rencontre orbitale entre deux engins.


Un savant mélange de personnages fictifs et réels :

Un des points forts de la série est de faire vivre des protagonistes fictifs à coté de personnages réels qui ont bel et bien existés dans notre temporalité.

Par exemple, deux des personnages principaux (Ed Baldwin interprété par Joel Kinnaman et Gordo Stevens interprété par Michael Dorman), qui sont en fait l'équipage du LEM de la mission Apollo 10, sont totalement fictifs. En revanche, l'équipage d'Apollo 11 mené par Neil Armstrong est bien réel dans la série.
Ceci se justifie par le fait que c'est principalement ces deux astronautes que l'on va suivre dans leurs missions mais aussi dans leur intimité et vie privée. Mettre les vrais noms des équipages d'Apollo 10 (Thomas Stafford, Eugene Cernan et John Young) aurait pu être bloquant pour la liberté de l'intrigue.

À coté de ça, énormément de personnages secondaires sont bien issues de notre Histoire :

  • Gene Kranz - Directeur de vol du programme Gemini et Apollo.
  • Deke Slayton - Chef du bureau des astronautes depuis le programme Mercury et recruteur pour les programmes Gemini et Apollo.
  • John Glenn - Premier Américain à réaliser un vol orbital dans le cadre du programme Mercury.
  • Wernher von Braun - Ingénieur allemand travaillant sur le missile V2. Il fut récupéré par les USA à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de l’opération Paperclip. Il est à l'origine d'un grand nombre d'avancées technologiques américaines dans le spatial et le militaire. Il est le principal concepteur de la Saturn V.
    À noter que le traitement de ce personnage dans la série nous montre que celle-ci ne fait pas preuve de manichéisme.
  • Alexeï Leonov - Dit le "Spacewalker". C'est le premier Homme à "marcher dans l'espace" : le 18 mars 1965, Leonov réussit une sortie EVA - Extra-Vehicular Activity (sortie extravéhiculaire dans le vide spatial).
    Dans la réalité alternative, il est aussi le premier homme à avoir marché à la surface de la Lune.

Évolution des mœurs américaines, de la technologie et de l'Histoire en général :

Là aussi, la série fait fort !
Au fil des épisodes, on peux constater que si la course à la Lune avait bien continué à se développer après le premier pas de l'homme sur la Lune, le monde n'aurait forcément pas évolué de la même façon que dans la réalité.

En effet, on peut voir des technologies arriver bien plus tôt dans le déroulement de l'histoire fictive, sans que ce soit trop rapide ni trop développé. L'évolution au fil des années reste cohérente.

Il en est de même pour les mœurs américaines, qui font un bond sur le plan sociétal, et ce dans le bon sens : droits des femmes, des minorités ethniques ou encore au niveau de l'orientation sexuelle.

A vous de jouer mesdames !
À vous de jouer mesdames !

La mentalité américaine évolue donc plus rapidement, tout en restant cohérente pour l'époque.

L’Histoire avec un grand H s'en retrouve aussi bouleversée : la Guerre du Vietnam fut arrêtée prématurément, Nixon qui ne fait pas de second mandat, certaines personnalités sont toujours en vie alors qu'elles étaient censées être décédées dans notre temporalité, et c'est même parfois l'inverse pour d'autres.

Dans certains cas, c'est l'effet papillon qui est à l’œuvre pour réorienter certains faits historiques…


Une série spatiale qui met des étoiles plein les yeux :

Il va de soit, après que vous ayez lu ces lignes, que notre avis sur la série est très positif.

Il y aurait encore tant à dire, mais cela nous dirigerait forcément vers des spoilers.

Nous nous sommes attardés sur les aspects scénaristiques, mais il ne faut pas oublier de citer la technique qui est pratiquement irréprochable :

  • Le montage des épisodes fournit un contenu fluide (même si certains épisodes dépassent parfois les 1h):
    Le montage n'est pas saccadé, ne passe de scène en scène, et les plans de caméra, eux, ne changent pas toutes les cinq secondes. Chaque scène prend le temps de créer une atmosphère propre à la situation.
  • La photographie est maîtrisée :
    Les plans de vue et l'éclairage sont utilisés pour nous faire ressentir la tension lors des missions dans le vide spatial ou encore la claustrophobie due à un espace confiné, bar le biais de plans serrés sur les personnages.
    Alors qu'à contrario, des plans plus larges et souvent plus lumineux sont appliqués pour montrer des évènements sur Terre ou encore l'immensité de certains paysages spatiaux ou lunaires.
  • Les effets spéciaux sont de très bonne facture :
    On ressent qu'il y a un budget conséquent derrière. La gestion des plans en apesanteur nous a parfois semblé bien plus maîtrisée que ce que l'on peut voir dans des séries comme The Expanse.
    Et que dire de la représentation de la micro gravité :
    Les astronautes se déplaçant sur la surface lunaire le font d'une façon aussi réaliste que les images d'archives que l'on a des missions Apollo. C'est bluffant !
  • Quand aux décors, on s'y croirait :
    Aussi bien lorsque l'on est dans le centre de contrôle de Houston que dans le module lunaire, on a vraiment l'impression de faire partie de l'équipe tant il y a eu un travail de qualité pour rendre le tout crédible et l'immersion du spectateur réussie.
  • La Bande Originale est de très bonne qualité :
    On est agréablement surpris d'entendre des chansons de l'époque comme par exemple Street Fighting Man des Rolling Stones.
  • Il en va de même pour la bande son :
    Même si celle-ci a parfois des problèmes de mixage au niveau des voix pour la version française : la voix des personnages est parfois plus faible que le reste de la bande son, ce qui pousse le spectateur à tendre l'oreille, mais rien de dramatique ni de très dérangeant.

Chez Space'O'Matic, nous sommes passionnés par la conquête spatiale et par le renouveau de la course à l'espace enclenché il y a quelques années. Si bien que voir cette série sur le spatial nous en mettre plein les yeux tout en restant crédible, nous permet à nous aussi d'entrevoir l'avenir avec des "et si".

Et si on colonisait enfin la Lune...

Et si on voyait l'Homme mettre le pied sur Mars dans les vingt prochaines années...

Et si on découvrait une forme de vie sur Mars ou ailleurs dans l'univers...

Et si vous avez aimé cet article et que ça vous donne envie de regarder For All Mankind, il ne nous reste plus qu'à vous souhaitez un bon voyage.
Installez-vous confortablement dans votre canapé, décollage dans 10, 9, 8, 7...


Toujours plus loin :

Et pour en apprendre plus, on vous conseille d'allez voir la vidéo de Stardust concernant l'épisode 1 de la série :

For All Mankind - Critique Episode 1 (avec et sans spoilers)

Et n'hésitez pas à aller découvrir sa chaîne : Stardust - La Chaîne Air & Espace, pour en connaître davantage sur les programmes Mercury et Apollo, la Saturn V, ainsi que sur le Skylab ou encore l'expédition dans le vide spatial de Leonov (qui fut jonchée de péripéties). Ses vidéos sont une mine d'informations, remplies de détails sur la conquête aéronautique et spatiale. Connaissance, détente et frissons garantis !

Apollo 10 - INTERDICTION de se POSER sur la LUNE

Relu et corrigé par Julie



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